Hypnose et Anesthésie

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Réduction mammaire

Avec l'hypno-anesthésie

Par Alternative santé

Entrevue par Noël Delcourt                                                                                   

Édition juillet/août 2007

Bien sûr vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a eu des chirurgies sous hypnose déjà, que cette méthode est utilisée assez fréquemment pour l'accouchement et en dentisterie. Mais peut-on créer une anesthésie suffisamment profonde pour permettre au chirurgien d'opérer en profondeur, de toucher même les os sans une anesthésie générale sous sédation ?

Une expérience le 25 avril 2007 à l'Hôpital Notre-Dame de Montréal s'est avérée concluante. Grâce à deux hypnologues dévouées à la cause et un chirurgien curieux et déterminé, l'expérience a été concluante. Il sera peut- être bientôt possible à des gens du Québec qui souffrent d'allergies aux médicaments ou à l'anesthésie elle-même d'utiliser en complémentarité et parfois même en totalité, les vertus de l'hypno- anesthésie ou hypno sédation, une approche complètement naturelle.

Alternative Santé vous propose de lire le témoignage des trois personnes impliquées suivantes : Dr Carlos CORDOBA, chirurgien à l'Hôpital Notre- Dame, madame Betty REIS hypnologue clinicienne pratiquant à Montréal, et madame Mia GIRARD la patiente.

Nous débutons cette entrevue par le témoignage de Betty REIS. Bonne lecture chers internautes.

AS :    Mme Reis, comment cette aventure a-t-elle débuté ?

B.R. : Tout a débuté avec Mia GIRARD, une de mes ex-étudiante, qui m'a mise en contact avec son médecin. Elle m'a confié qu'elle devait se présenter pour une chirurgie pour une réduction mammaire et l'idée d'utiliser l'hypno-anesthésie l'enchantait.

AS :    Avez-vous été surprise par cette demande qui est assez rare n'est-ce pas ?

B.R.   En effet, il y a peu de demandes pour ce genre d'intervention qui par contre a déjà été pratiquée en France, aux É.-U., au Mexique, en Chine où l'on pratiquerait des chirurgies intra abdominales sous hypnose. Même si on m'avait déjà demandé d'effectuer ce travail auparavant, aucune cliente n'était parvenue à obtenir l'accord du médecin traitant. J'ai donc accepté en disant à la patiente : Parle à ton médecin et reviens-moi là-dessus ! J'étais certaine que le médecin refuserait et je m'apprêtais à l'aider pour se préparer pour une phase pré et post opératoire pour contrôler elle- même sa douleur. Mais Mia est très déterminée et son insistance à convaincu le Dr CORDOBA. Elle revint toute joyeuse avec l'accord du médecin, comme si c'était tout à fait normal !

AS :    Aviez-vous réfléchi à votre responsabilité professionnelle pour cette intervention ?

B.R. : Oui beaucoup. Les risques avec l'hypnose sont minimes car en fait, le pire scénario est que l'anesthésie ne fonctionne pas. Pour plus de sécurité, à l'exemple des professionnels de la santé et comme tous les hypnologues de notre association, je possède une couverture d'assurance professionnelle pour erreurs et omissions qui assurent mes services, ce qui sécurise tout autant le patient.

AS :    Quelle fut votre réaction face à l'accord du chirurgien traitant ?

B.R. : J’admets que je fus agréablement surprise. J'ai dès lors expliqué à ma cliente que si j'avais l'expérience d'assister une femme pour un accouchement sous hypnose, je n'avais aucune expérience du protocole spécifique pour une chirurgie aussi sérieuse. Maintenir une anesthésie pendant un long laps de temps demandait une préparation plus sophistiquée. Elle vint à mon bureau plusieurs fois où j'ai pratiqué avec elle des inductions rapides pour permettre une transe profonde, ce qui fonctionna à merveille.

AS :    Le médecin traitant s'est-il impliqué dans la préparation de la patiente ?

B.R. : Oui. Comme tout se déroulait comme prévu après trois rencontres en tête-à-tête avec Mia, les anesthésies étaient profondes, j'ai tout de même insisté pour rencontrer le médecin pour une supervision. Ce fut une très bonne décision. Le Dr CORDOBA s'est donc présenté à mon bureau sur St- Joseph à trois reprises. Voilà jusqu'à quel point ce chirurgien émérite de l'Université McGill prenait cette intervention à cœur. J'ai découvert un homme très ouvert, expérimenté et méticuleux qui a facilité la procédure pour sa cliente et moi-même, sachant que l'expérience avait déjà été tentée ailleurs avec succès. Il est ce genre de médecin qui ne prescrit pas automatiquement des calmants et autres analgésiques.

AS :    La présence du médecin pendant votre préparation fut-elle bénéfique ?

B.R. : Très. Je n'ai jamais subi de chirurgie et je n'avais participé à aucune en tant qu'hypnologue. Je ne connaissais rien du protocole médical, de l'aspect technique. J'étais arrivée à obtenir par suggestion une anesthésie complète des mains de Mia qui ensuite les posait sur sa poitrine pour compléter l'anesthésie des seins. Le médecin m'avisa que cette suggestion serait impossible à réaliser puisque la patiente ne pouvait absolument pas toucher cet endroit pendant la chirurgie. Il me fit comprendre que la seule partie à laquelle j'aurais accès serait sa tête. J'ai dû m'ajuster et procéder différemment. J'utilisai les mains du chirurgien comme outils d'approfondissement de même que l'appareil bruyant servant à prendre la pression qui devint lui aussi un instrument servant à l'approfondissement de la transe hypnotique tout comme la couleur bleue, omniprésente dans la salle.

AS :    Dr CORDOBA a-t-il procédé à des anesthésies dans votre bureau ?

B.R. : Il s'est servi de pinces et autres instruments pour vérifier si vraiment l'anesthésie était adéquate. Il a effectué beaucoup de tests à chaque rencontre. Il a aussi insisté pour que l'ambiance de la salle d'opération soit reproduite dans la mesure du possible dans mon bureau : lumière intense, bruits désagréables et froideur. Nous bougions beaucoup autour de la table et nous avons créé beaucoup de mouvement, le but étant d'améliorer la concentration de Mia même dans des conditions extrêmes, tout le contraire du bureau de relaxation avec lumière tamisée d'un hypnologue, vous pouvez le constater ! Je voulais préparer un plan « B » au cas où la patiente ressentirait de la douleur que l'hypnose contrôlerait moins. Le chirurgien m'a rassuré en me disant qu'il utiliserait un soluté dans une telle situation. Mais il me fit bien comprendre que si la patiente devait sortir complètement de son état d'anesthésie, il devait passer à une anesthésie générale et je devais alors quitter les lieux.

AS :    Combien de temps dura la chirurgie ?

B.R. : Quatre heures. J'ai eu tellement froid. Je n'avais pas prévu un froid si intense. Mais j'ai adoré l'expérience. À deux reprises, Mia a démontré un peu de douleur par un petit « ouch ». Il y a eu l'hypnose et le soluté. N'étant pas familière avec les termes médicaux, je ne saurais dire dans quelle mesure le soluté était administré, mais je suis demeurée dans la salle pendant toute la durée de la chirurgie. 

AS :    Est-ce que la patiente a eu recours à des médicaments anti douleur après l'opération ?

B.R. : Non. On peut dire que de ce côté-là aussi ce fut un réel succès. La patiente est sortie de l'hôpital la même journée. Elle a dormi pendant presque deux jours.  J'avais préparé un CD d'autohypnose pour la période post opératoire qu'elle a écouté dès sa sortie de la salle d'opération. Elle a dormi beaucoup par la suite, a écouté le CD deux à trois fois par jour et n'a utilisé aucun médicament. Les douleurs étaient inexistantes et la cicatrisation, sur laquelle j'avais axée plusieurs suggestions positives durant tout le processus préparatoire a, semble-t-il, eu l'effet escompté puisqu'elle fut très rapide.

Nous continuons l'entretien avec Mia GIRARD, que nous avons rencontrée quelques temps plus tard. Elle fut le sujet de cette expérience formidable d'hypno- anesthésie pour une réduction mammaire. Son expérience est unique au monde. Grâce à elle l'hypnose clinique reprend, en quelque sorte, ses lettres de noblesse.

A.S.:  Bonjour Mia Girard. Avant toute chose, donnez-nous quelques informations vous concernant ?

M.G. : Je suis une canadienne qui a habité New York depuis 1994 où j'ai étudié la médecine holistique dont la nutrition. Je suis revenue au Canada depuis deux ans et j'ai ouvert un cabinet de consultation. Je suis reconnu comme ERYT (Educationnal Registered Yoga Teacher) et je pratique le Yoga quotidiennement depuis huit ans à raison d'une heure par jour. J'ai étudié les techniques d'hypnose avec Betty REIS. Pendant cette formation j'ai constaté le pouvoir de l'hypnose, son utilisation actuelle et j'ai été, à ma demande, le cobaye pour une opération de réduction mammaire pendant laquelle on a utilisé l'hypno-anesthésie pour contrôler la douleur et faciliter la cicatrisation.

A.S. : Quand avez-vous décidé de demander cette réduction mammaire ?

M.G. : J'avais de plus en plus de difficulté de respirer avec ces gros seins qui pesaient sur mon ventre et me causaient toutes sortes de problèmes. D'ailleurs pour tout vous dire, ils pesaient 17 livres ces seins.

A.S. : Que pensez-vous de cette expérience en hypno-anesthésie et la referiez-vous ?

M.G. : Oui définitivement, je recommencerais demain matin sans hésiter. Je regrette même de ne pas l'avoir fait plutôt. Ce fut une expérience extraordinaire et je suis tellement contente de l'avoir fait. J'ai dépassé les limites qui avaient été atteintes jusque-là. Quatre heures en bloc opératoire avec l'hypnose comme principale anesthésie, c'est une réalisation inégalée à ce jour. Je suis emballée comme femme d'abord mais aussi comme hypnologue pratiquant l'hypno- anesthésie. Betty, qui m'avait préparée de façon experte, m'a accompagné avec assurance pendant toute cette chirurgie de quatre heures. Elle a été d'une patience admirable. Après l'opération, sans le support médical habituel, le walkman sur les oreilles, je suis demeurée très longtemps dans la salle de réveil, plus que le temps normalement permis. Le docteur CORDOBA, un professionnel dévoué, a été sublime durant tout ce processus avec un soutien empressé. Ce n'est pas tous les jours qu'un médecin comme lui, une sommité dans la chirurgie esthétique, participe à des séances d'hypnose chez un hypnologue pour que la préparation soit la plus parfaite possible. Le premier entretien que j'ai eu avec lui après lui avoir demandé de me faire l'opération, a duré près de cinq heures ! Pendant ce temps en tête à tête, il m'a posé, dans une approche très médicale, des dizaines de questions pour être certain que ma demande était sérieuse, qu'elle émanait de moi et non d'une pression extérieure. Suite à la chirurgie, il ne m'a prescrit que de l'homéopathie comme support et à date, je n'ai même pas pris une aspirine contre la douleur. J’ai été opérée le mercredi matin et le lundi suivant j'étais au poste, en pleine forme, fraîche comme une rose.

A.S. : Dans quel état d'esprit vous êtes-vous présentée à l'hôpital le matin de la chirurgie?

M.G. : Ce matin-là, trois de mes amies sont venues me rejoindre. Elles me cherchaient, ne pouvant pas me téléphoner dans un hôpital. Elles ont entendu ma voix alors que je prenais l'ascenseur. En me retournant, j'ai vu leurs visages, livides, elles étaient tellement blanches, l'air de se demander si je savais vraiment dans quoi je m'étais embarquée et si je réalisais ce qui m'attendait. Aujourd'hui ensemble nous en rions mais à ce moment-là c'était tragique, pour elles je veux dire parce que moi, j'étais on ne peut plus calme. J'ai marché jusqu'au bloc opératoire. L'infirmière se demandait pourquoi je n'avais pas encore reçu le soluté préopératoire. Dr. CORDOBA prit tout en charge à partir de là. Deux autres infirmières dans la salle d'opération, qui elles étaient au courant de la démarche avec l'hypnose, m'ont remercié de leur faire vivre cette expérience unique dans toute leur carrière. Je n'ai ressenti qu'une peur durant l'opération et c'est au moment où le médecin m'a touché en me disant : « Sois patiente je reviens dans quelques instants ». Il devait quitter pour quelques instants. La voix de Betty s'est faite encore plus rassurante, j'ai oublié la peur et je me suis mise soudainement à la questionner sur ce qu'elle voyait de mon corps. Elle ne voulait pas regarder puis elle me dit : Tu es plate, tu n'as plus de seins.

A.S. : Avez-vous perçu une différence entre les séances préparatoires et la chirurgie?

M.G. : J’étais attachée, je ne pouvais pas ouvrir mes yeux et regarder le docteur puisque j'avais un drap sur les yeux, les mains des personnes qui me touchaient étaient couvertes de latex, voilà quelques différences mais elles n'ont pas fait de différence : la chirurgie et l'hypno-anesthésie furent deux succès.  Ce que je considère aussi comme un grand succès pour moi, c'est que j'ai expérimenté un état qui me permet d'en parler en toute connaissance de cause. Je peux maintenant expliquer cet état en théorie comme en pratique, le démystifier pour toute personne qui souhaiterait que je sois son guide pour une hypno- anesthésie majeure.

A.S. : Percevez-vous un avenir dans l'utilisation de l'hypno-anesthésie pour des chirurgies majeures ?

M.G. : Je pense que l'hypnothérapie est une technique dont on n'a pas encore découvert toute la puissance et les nombreuses utilisations qu'on pourrait en faire. Évidemment je suis très optimiste puisque qu’il y a déjà un patient à l’agenda pour une hypno- anesthésie au même hôpital prochainement. Plus cette bonne nouvelle sera retransmise par les médias, plus elle attirera de personnes qui n'attendaient que ça pour passer à l'action.

A.S. : Comment s'est déroulée la guérison depuis ?

M.G. : Après une semaine suivant mon opération, il ne me restait que 5% d'enflure alors que le processus normal peut prendre jusqu'à cinq mois. Je peux étirer les bras dans tous les sens sans douleur. Je dois dire qu'à tous les jours je continue de me faire de l'autohypnose jusqu'à la récupération totale. Donc le suivi de l'opération, la cicatrisation rapide est un aussi grand succès que l'opération elle- même.

A.S. : Croyez-vous que d'autres femmes pourraient réussir aussi bien une telle expérience?  

M.G. : Bien sûr. Je dois dire que je suis une personne qui, à cause des choses qui me sont arrivées dans la vie, peut gérer la douleur. J’étais habituée, à cause de la maladie de Crohn, (www.snfge.asso.fr/02-Connaitre-maladie/ 0C-intestin-grêle/faq/grele_crohn.htm) à ressentir une douleur presque continuelle au bas ventre. Je suis également une habituée de la relaxation grâce à ma connaissance en Yoga, ce qui permet d'éliminer des douleurs, même vives.

A.S. : Avez-vous noté des changements d'attitude chez les gens depuis que la taille de vos seins a été réduite ?

M.G. : Oui. Autrefois en me rencontrant, on voyait mes seins et ensuite, Mia. Depuis quelques semaines je découvre que j'ai des yeux. On me regarde d'abord dans les yeux et je préfère ça.  Beaucoup de choses ont changé et je savoure les bienfaits de cette nouvelle expérience à chaque instant. Nous terminons l'entretien avec le docteur Carlos CORDOBA MD, chirurgien, spécialiste en chirurgie esthétique qui exerce à l'Hôpital Notre-Dame de Montréal au Pavillon Lachapelle. Nous l'avons rencontré à son lieu de pratique entre deux patients, ce médecin étant très occupé. Il nous a d'ailleurs confié que son travail demande un minimum de 12 heures de présence par jour. Il a été très satisfait de vivre cette expérience et a accepté de nous en livrer ses impressions.

A.S. : Pourquoi avoir accepté d'utiliser l'hypno-anesthésie pour une chirurgie majeure ?

C.C. : D’emblée, cette approche m'intéressait. Malheureusement nous recevons peu d'information dans notre formation médicale concernant l'hypnose. Peut- être une journée tout au plus dans notre formation où on nous enseigne que oui l'hypnose, comme la naturopathie, l'acupuncture ou le massage existent mais en même temps on nous envahit avec la peur des charlatans et la méfiance que nous devrions avoir avec ces méthodes non scientifiques. Personnellement je sais qu'en Chine on utilise l'hypnose et l'acupuncture en complémentarité avec la médecine avec succès. Quand j'ai rencontré Mme Mia GIRARD qui était intéressée à passer par là elle-même, ce ne fut pas un choc pour moi. Je me suis dit qu'elle était chanceuse de tomber sur quelqu'un comme moi à sa première tentative car plusieurs de mes confrères auraient refusé sa demande.

A.S. : Croyez-vous qu'il doit y avoir une complicité entre l'hypnologue et le médecin?

C.C. : Je pense qu'ils doivent avoir une confiance mutuelle, avoir la même vision et mettre le focus sur le même but. Donc le médecin devrait en principe être capable de travailler avec différents hypnologues sachant qu'un hypnologue qui se spécialise dans cette branche a suivi la formation lui permettant de se sentir à l'aise dans n'importe quelle situation et d'agir en professionnel.

A.S.: Pour quelle raison vous êtes-vous impliqué dans la préparation entourant l'hypnose?

C.C. : Parce que je voulais qu'elle soit réaliste. Un bloc opératoire est bruyant, froid, les lumières sont intenses, ce qui ne ressemble pas au bureau d'un hypnologue. J'ai avisé l'hypnologue de ce fait et nous avons fait les séances dans le bruit, le froid et avec les lumières allumées.

A.S. : Pourquoi est-ce si froid dans le bloc opératoire ? C.C. : Parce que le froid diminue les bactéries et le danger de contamination. Grossièrement, c'est la même raison pour laquelle nous mettons notre nourriture dans le frigo. A.S. : Considérez-vous l'expérience concluante ?

C.C. : Oui. Je pense que l'hypnose peut servir dans de nombreux cas d'anesthésie mineure. Pour les anesthésies majeures, sans connaître le pourcentage des gens susceptibles d'y arriver, ce sera d'après moi moins fréquent parce que pour toucher les côtes et couper profondément dans la chair il faudra des personnes capables de neutraliser ces douleurs et je ne sais pas combien de temps il faudrait préparer quelqu'un à atteindre cet état. Je pense que le résultat le plus probant c'est que la patiente n'a pas utilisé d'antidouleurs après l'opération. Il n'y a donc pas eu de choc postopératoire douloureux et ça c'est un très grand succès car c'est hors norme.

A.S. : Avez-vous utilisé une anesthésie autre que l'hypnose pendant l'opération ?

C.C. : Oui mais à très petite dose et locale seulement. J'ai été capable de couper pendant un laps de temps sans anesthésie. Les infirmières inscrivent sur leur rapport à quel moment j'ai commencé et quand j'ai donné une anesthésie. J'ai noté qu'il y a avait une période d'environ 5 minutes où je n'ai pas utilisé l'anesthésie, ce qui m'a surpris. Même si le patient demande l'hypnose à 100%, mon but est qu'il ne souffre pas du tout. Ce que j'ai lu sur les expériences passées m'indiquait que les médecins qui ont opéré des patients sous hypnose ont utilisé en même temps une anesthésie locale. Avec l'hypnose comme anesthésiant principal, les médecins utilisent moins de sédatifs et les patients souvent ne prennent aucun analgésique après les chirurgies. Pour moi, cela seulement est une réussite formidable.

A.S. : Qu’avez-vous noté concernant la guérison ?

C.C. : La récupération est rapide et j'ai noté moins d'ecchymoses. Est-ce dû à l'hypnose ? Je ne peux pas l'affirmer. Mais je pense que si la préparation est adéquate et que la suggestion au patient inclut une cicatrisation rapide et une suite sans douleur cela aura un effet important sur la suite de l'opération et le bien-être du patient. Pour établir scientifiquement les résultats de l'hypnose, il faudrait faire une recherche qui comptabiliserait les anesthésiants utilisés avec l'hypnose comme anesthésique principal. Par exemple, 10 nouveaux patients avec lesquels il y aurait préparation et utilisation de l'hypnose qu'on pourrait comparer entre eux et avec ceux qui subissent une chirurgie conventionnelle. Mais selon les informations que j'ai obtenues de revues scientifiques, les recherches concluent que les patients ont reçu moins de sédation pendant la chirurgie et moins ou pas d'anti- douleurs après la chirurgie.

A.S. : Qu’est-ce qui d'après vous permet à l'hypnose de diminuer la douleur ?

C.C. : Une grande partie de la guérison et de la douleur est contrôlée par le cerveau. Il semble que l'hypnose agirait sur les nerfs nociceptifs, ceux qui contrôlent la douleur. La morphine, l'opium et autres dérivés dont on se sert pour l'anesthésie ont souvent des effets négatifs déplaisants tels des vomissements, la constipation ou sont mauvais pour le cœur. Alors si on peut les éliminer ou les diminuer ce serait une très bonne chose. Les deux patients sur lesquels j'ai opéré à date n'ont pas pris de médicaments et pour moi c'est une surprise et une excellente réussite alors que je considérerais comme une grande réussite le fait qu'ils auraient pris la moitié de la dose normale.

A.S. : Vous avez donc à date effectué deux opérations sous hypnose en un court laps de temps ? C.C. : Oui. La première était pour les seins, la deuxième pour les yeux. Quoique la première demandait une anesthésie profonde et soutenue, la deuxième se déroulait dans une partie du corps très sensible et je me suis rendu jusqu'à l'os sans anesthésie générale. Je n'étais donc pas en surface et je suis allé en profondeur dans les deux cas. Ni l'une ni l'autre n'étaient de petites chirurgies. Donc dans les deux cas il s'agissait d'hypnose profonde, d'anesthésie en profondeur qui a parfaitement bien réussi.

A.S. : Dans le deuxième cas avez-vous utilisé un peu d'anesthésie locale ?

C.C. : Oui mais très légèrement. D'ailleurs, selon les revues scientifiques que j'ai lues sur le sujet, toutes les opérations ont nécessité une très légère dose de sédatifs. Il faut donc conclure que l'hypnose produit une anesthésie profonde et vérifiable.

A.S. : Percevez-vous un avenir pour l'hypno-anesthésie ?

C.C. : Pour ce qui est de la présence de l'hypnologue dans le bloc opératoire, pour toutes sortes de raisons, il sera difficile d'accepter qu'il soit avec le médecin et les infirmières. Il faudra donc développer d'autres moyens pour que l'hypnologue reste à l'extérieur. Je ne peux pas, à partir des deux cas que j'ai opérés sous hypnose, faire un constat ou généraliser. Les deux patients avaient été préparés de façon parfaite et étaient très ouverts à l'hypnose et j'ai donné la permission aux hypnologues d'être à mes côtés pendant la chirurgie, ce qui ne sera pas le cas avec d'autres médecins. Il faut aussi admettre que de nombreuses personnes voudraient être hypnotisées pour des chirurgies mais sont incapables d'atteindre le niveau d'insensibilité nécessaire pour des chirurgies majeures mais par contre pourraient très bien réussir lors d'une chirurgie mineure. Je pense qu'il semble y avoir un avenir avec cette approche complémentaire. Les hypnothérapeutes notent sûrement que la demande pour leurs services est en augmentation depuis quelques années. Le public est plus ouvert à d'autres approches maintenant. Je pense que cette demande va émaner du public et aller en augmentant. Les praticiens d'hypno- anesthésie qui développeront et solidifieront leur approche seront donc en demande. Ce dont je ne suis pas certain par contre, c'est le nombre de médecins qui seront intéressés à l'utiliser. Il y a plusieurs raisons dont la méconnaissance des médecins pour ce type de soins. Personnellement, je suis ouvert aux médicaments naturels et à l'homéopathie, contrairement à la majorité des médecins. Ce n'est pas pendant les cours à McGill que j'ai entendu parler des approches complémentaires et comme tous les médecins intéressés par ces connaissances, j'ai dû chercher et trouver par moi- même. Bien que je ne traite pas un patient avec des médicaments homéopathiques dans un cas grave ou pour une infection fulminante, je découvre que mes patients en chirurgie plastique guérissent mieux et plus rapidement avec l'homéopathie. Ce n'est qu'une impression basée sur mon expérience et celle d'autres médecins d'ailleurs dans le monde, pas une vérité scientifique. Mais j'avoue que je ne perdrais pas mon temps et mon énergie avec cette méthode si je n'avais pas apprécié les améliorations dont j'ai été témoin. Les médecins qui pratiquent souvent des anesthésies locales devraient, sans être des spécialistes, avoir un minimum de connaissances de l'hypnose pour calmer leurs patients.

A.S. : En résumé, quels avantages voyez-vous à l'utilisation de l'hypnose ?

C.C. : Il y a des avantages mais aussi des désavantages. Un désavantage est l'obligation actuellement pour l'hypnologue d'être dans la salle d'opération ce que nombre de médecins refuseront. Il y a aussi la durée de l'opération qui peut s'étirer au- delà du temps normal ce qui augmente les risques selon toutes les données scientifiques.   Les avantages sont dans la préparation avant la chirurgie et dans le suivi post opératoire pour qu'il soit lui aussi approprié. Bien que l'intoxication ou l'allergie à un médicament soit assez faible, lorsque cela vous arrive, malgré que vous soyez un cas parmi tant d'autres, c'est vous qui êtes aux prises avec le problème. Si l'hypnose permet au patient d'éviter ces complications et si en plus la guérison s'effectue à un rythme plus rapide sans que la personne doive consommer des médicaments alors là, c'est beaucoup mieux. Merci docteur Carlos CORDOBA MD et mille mercis à Mia GIRARD et Betty REIS, deux femmes exceptionnelles pour cette réalisation unique.

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